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L’une de nos découvertes les plus surprenantes alors que nous
faisions des recherches sur Morin-Heights, a été
d’apprendre que notre municipalité avait une milice très
énergique composée de citoyens qui faisait
elle-même partie d’une milice de comté, plus grande, les
Rangers d’Argenteuil. 
C’est en 1862 que Sir John Abbott, qui devint plus tard Premier
ministre du Canada, fonda la cavalerie des Rangers d’Argenteuil. Sir
John était établi à St-Andrews Est, la ville la
plus importante de l’ancienne seigneurie d’Argenteuil datant de 1682,
depuis longtemps habitée, propice à l’agriculture et
prospère. Très différente du Nord-Est, une
région qui fera plus tard partie d’Argenteuil, au terrain
accidenté avec un sol rocailleux, où foisonnent lacs et
marais. Cette région comprend les cantons de Lakefield, Gore,
Wentworth, Milles Isles et Morin qui étaient principalement
occupés par des immigrants irlandais. Ce territoire du
comté fait partie du Bouclier canadien. La vie y était
très difficile pour les pionniers qui ont les premiers,
essayé d’exploiter des fermes comme celles de la vallée
de l’Outaouais ou du St-Laurent. Quelques retombées
économiques furent dérivées de la fabrication de
potasse, à partir d’arbres coupés, mais avant la venue du
chemin de fer, vers 1890 la vie y était difficile et les gens
étaient victimes d’isolement.
Bien que le service militaire avait été incorporé
comme partie intégrante du contrat entre le propriétaire
d’une terre et « la Couronne », depuis le début de
la colonisation française au Canada, dans un système
seigneurial, cette clause a rarement été
appliquée. La présence d’une armée ordinaire,
française et plus tard britannique, avait éliminé
la nécessité du recrutement des citoyens. Cependant, Sir
John Abbott qui était né au Canada, partageait
probablement l’opinion générale du 19ième
siècle qui voulait que nous devenions une population distincte
qui devrait prendre soin d’elle-même. La notion du citoyen-soldat
provient de la République romaine et de son Empire – de bien des
façons, l’idée culturelle de l’Empire britannique
à son apogée durant la moitié du 19ième
siècle. On croyait que ceux à qui on avait
donné des terres avaient l’obligation de les défendre. On
s’attendait à ce que tout homme possédant un cheval
participe aux exercices militaires pour un certain nombre de semaines
chaque année. Ceux qui ne possédaient pas de chevaux
n’avaient qu’à en louer un d’un voisin pour la durée des
exercices lors du camp d’été.

Dans les années 1860 et 1870, le Haut et le Bas Canada
(l’Ontario et le Québec) ont connu plusieurs tentative
d'invasion des Féniens, en provenance des États-Unis. Ce
groupe était un vague reflet de la fraternité des
Féniens en Irlande. Les Féniens irlandais étaient
à l’origine un mouvement politique qui oeuvrait à obtenir
l’indépendance de l’Irlande de la Grande-Bretagne colonisatrice.
Les Féniens, des Etats-Unis, avaient tendance à attirer
les vétérans désillusionnés de la Guerre
Civile américaine et même des criminels. Leur soi-disant
objectif était l’invasion des colonies canadiennes. Cette menace
a eut pour effet de hâter la ratification de la
Confédération canadienne de 1867.
Les Rangers d’Argenteuil et particulièrement la Compagnie de
Morin ont joué un rôle durant ses incursions. Cyrus
Thomas, auteur de History of the Counties of Argenteuil, Quebec and
Prescott, Ontario, en 1896, raconte : “En mars 1866, le 11ième
bataillon, a été rallié à cause d’une
menace d’invasion des Féniens, et rassemblé à
St-Andrews. Les Compagnies 1 et 7 furent envoyées à
Ottawa… Les Compagnies furent sommées à Ottawa et s’y
rendirent en traîneaux pour y rester un mois… à leur
retour en avril, ils se rendirent à Prescott… »
Le texte se poursuit pour dire que les Rangers se rendirent par la
suite à Cornwall en train. Un groupe de Féniens
était supposément à bord du train, mais assez
curieusement, les officiers au sein des Rangers, plutôt que de
confronter l’ennemi, on tenté de… « garder l’information
pour eux, appréhendant une violente altercation entre les deux
groupes…». La police de Cornwall a plus tard arrêté
les Féniens. Les fondements d’un opéra comique?
À l‘époque, on percevait cette menace d’invasion comme
représentant un réel danger pour la population.
Rétrospectivement, et avec 130 ans de recul, il est difficile
d’imaginer qu’une organisation aussi décousue que celle des
Féniens, aurait pu envahir le Canton de Morin, qui en plus
à cette époque n’était accessible que par train.
Malgré les sérieux ennuis qui eurent lieu le long de la
frontière américaine, particulièrement à
Freleighsburg en 1866, la plupart des tentatives de la part des
Féniens ont été rapidement repoussées par
les troupes britanniques.
Dans l’édition de janvier du Lachute Watchman, en 1886, un
article rappelant « L’agitation fénienne » comme on
l’avait appelée disait : « Lorsque les Rangers furent
appelés pour repousser l'incursion des Féniens, il ne
restait pratiquement plus un homme à Milles Isles ou à
Morin Flats. Dans plusieurs fermes, les femmes avaient dû rentrer
le grain à l'aide d’une houe, les pères et les
frères étant tous partis au front avec les Rangers.
»
Les Rangers d’Argenteuil sont demeurés actifs jusqu’en 1880,
1890, sans toutefois avoir à être si près du danger
comme au temps de la défensive en traîneau et en
train de
Cornwall. Le camp d’entraînement tous les étés,
habituellement tenu à La Prairie, à Sherbrooke ou
à quelque endroit à l’extérieur d’Argenteuil,
durait deux semaines et tous les hommes avaient un cheval.
Il y avait aussi le camp d’été tenu à Morin,
probablement avant ou après que l’ensemble de la milice se
soient regroupée. Nous avons une photographie
préservée par
Peter Jekill dont l’arrière-grand-père, Isaac Jekill,
était un officier de la Compagnie de Morin lors des raids des
Féniens. Henry Jekill fut lui aussi un commandant de cette
compagnie. Ces camps d’entraînement étaient probablement
perçus comme des pauses excitantes loin de la routine à
la ferme et bien plus qu’un simple exercice militaire!
Des compétitions sportives étaient tenues entre les
compagnies à Lachute ou à St-Andrews Est : sorties en
raquettes, souque à la corde, football etc. Un groupe de
musiciens a aussi été mentionné dans le journal
Lachute Watchman en mai 1886, « depuis tôt le matin, le
groupe du 11ième bataillon avait enchanté les habitants
avec sa douce musique». Quand les Rangers se rassemblaient, ce
devait être un groupe très coloré, les uniformes
semblent refléter un aspect disons ludique de leur nature. Un
veston assez long de couleur rouge pourpre auquel les officiers
ajoutaient une tresse dorée, des bottes hautes jodhpurs et une
variété de couvre-chefs très inhabituels – de la
casquette de fantaisie au casque colonial! Les premiers uniformes
ressemblaient aux vêtements portés par les soldats des
guerres napoléoniennes. Vers la fin, la Compagnie fut
dispersée en 1911, les uniformes étaient devenus
flamboyants. De vieilles photographies des débuts montrent des
officiers avec des épées et des chevaux ornés
d’apparats.
Il y avait (et il existe toujours) des drapeaux de régiments -
et une emblème. Les drapeaux sont au Musée canadien de la
guerre et l’emblème au Musée d’Argenteuil de Carillon.
L’emblème porte le slogan : « Nous ne nous rendrons pas
».
En 1911, les derniers membres s’unirent au régiment du
Duke of York’s Royal Canadian Hussars, plus tard devenue l’armurerie
sur Côte des Neiges, à Montréal
«17ième Hussards». L’épée d’honneur du
dernier officier commandant de la Compagnie de Morin, le Colonel J.E.
Seale, repose maintenant sur le mur à la branche de la
Légion Canadienne de Morin-Heights, qui est curieusement sur le
site même où les Rangers tenaient leur camp
d’été.

En 1890, les régions comme Morin Flats (changement de nom en
1911 pour des raisons d’attrait touristique), n’étaient plus des
régions isolées requérant la protection d’une
armée de volontaires. La population du canton de Morin
s’était diversifiée et d’avantage en contact avec
l'extérieur. Vers la fin de la Première Guerre
mondiale, les milices semi-privées comme les Rangers
avaient disparues pour toujours du paysage canadien et les camps
d’été avec chevaux étaient devenus une toute autre
affaire!
Sources : Lachute Watchman, décembre 1966; Cyrus Thomas, History
of the Counties of Argenteuil, Quebec and Prescott, Ontario, 1896;
archives du Musée régional du comté d’Argenteuil,
à Carillon, The Porcupine, numéro 4, 2001, l’Association
historique de Morin-Heights; Photos : le défunt Joseph
Brown, Morin-Heights; Peter Jekill, Calgary, Alberta; et la collection
de l’Association historique de Morin-Heights.
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